Élodie Blot est ce qui peut s’appeler une « CRNI ». Veuillez comprendre, une Couturière Retoucheuse Non Identifiée. Ce n’est pas nécessaire de « broder » tant sa vie est dense et intense. Surtout, son existence a basculé du « bon côté » grâce à la couture.

Élodie a eu une enfance difficile, une enfance passée dans les quartiers, une enfance sans réel avenir professionnel. Elle ne se sent pas à l’aise avec les gens, elle a du mal à communiquer avec autrui. Elle préfère être seule dans son coin, dans sa bulle, dans son univers. Elle ne sait pas ce qu’elle veut faire de sa vie. Elle n’a pas le sens de son orientation de vie. Sa boussole professionnelle est cassée. L’unique chose dont elle est sûre : elle aime créer à partir de ses mains.

« De la cité sans avenir à une vie professionnelle épanouissante : quand la couture donne des ailes. »

Une rencontre va bouleverser sa vie à tout jamais. Elle a 16 ans et son colocataire lui dit :
« Attends, j’ai une idée, ça te dirait de rencontrer ma mère ? Elle aime les profils manuels comme toi.

Pourquoi faire ? rétorque Élodie.

Fais-moi confiance. »

Élodie commence alors à coudre sous l’oeil protecteur de cette maman qui a tout de suite vu son don manuel. Elle finit son stage et n’a qu’une idée en tête : devenir costumière. Entretemps, elle travaille dans les usines qui fabriquent des vêtements de luxe. Elle a alors un rêve : être costumière pour une comédie musicale comme Le Roi Soleil. Seulement, pour se diriger dans cette voie, il faut un diplôme a minima. Elle doit passer un Bac pro couture. Mais elle a besoin d’argent, qu’elle ne détient pas. Alors comme toujours dans sa vie, Élodie se retrousse manches, travaille d’arrache-pied et économise le moindre euro pour ses études. Au bout de deux ans, elle a son diplôme, elle contacte en parallèle des écoles privées pour apprendre le métier de costumière. Elle trouve ensuite un emploi de couturière chez un grossiste en friperie, où elle va monter les échelons pour devenir responsable dans la logistique pour 28 magasins de friperie, ce qui lui a permis de mieux apprendre la logistique, le métier de commercial et même celui de cheffe d’entreprise, en quelque sorte. Puis après plusieurs années, l’aventure s’arrête. Élodie prend du temps pour elle afin de savoir ce qu’elle veut faire désormais. Elle pense revenir à ses premiers amours : la couture, cette discipline qui l’a sortie d’un mauvais pas, quelques années auparavant. Elle postule à une offre d’emploi de retoucheuse à … Rapid couture. Mais Élodie n’a pas compris de quoi réellement il en retournait : il s’agit d’ouvrir son propre atelier et en aucun cas un poste de salariée. Elle ne se sent pas prête pour une telle aventure, elle aime être dans son cocon et effectuer le travail qu’on lui demande, mais elle ne s’imagine pas avoir l’esprit d’initiative nécessaire. Ses proches et notamment sa meilleure amie lui enjoignent de sauter le pas :

« C’est fait pour toi, tu as les épaules pour le faire,crois en toi, tu ne le regretteras pas. »

La force d’Élodie, c’est d’être une travailleuse acharnée et ce défi l’attire, comme un papillon vers la lumière. Elle a peur, mais elle sent que c’est son destin. Elle part alors faire une semaine de travail à Orléans dans un autre Rapid couture et là, c’est la révélation : « Je veux avoir mon atelier, ma décoration, mon projet ».

Maintenant il faut ouvrir son atelier, donc avoir l’accord des banques. Les banques sont ce qu’elles sont, il faut montrer patte blanche, autrement dit, il faut pour Élodie, un apport financier. Elle est mère de famille de trois enfants, sans argent. Mais elle ne veut pas abandonner à cause de cet obstacle, alors elle se serre la ceinture et vend sa voiture. Elle rencontre un banquier qui lui fait confiance et le réseau Rapid couture la soutient énormément.

« Mon atelier c’est mon quatrième bébé. »

Élodie raconte son installation et ce que cela lui a apporté :

« Ce que j’ai adoré au sein de Rapid couture, c’est qu’on vous laisse une totale liberté, j’ai pu faire de la récup’, j’ai créé la plupart de tous les meubles présents dans mon atelier. Cela représente ma personne, qui je suis. Je me sens à l’aise de travailler ici. La couture et mon atelier m’ont apporté une confiance en moi. Mon côté asocial a disparu et je suis tellement épanouie d’aider les gens. Mais surtout le plus important pour moi est de transmettre. J’ai donc accueilli une quinzaine de stagiaires depuis mon ouverture. Je veux mettre en avant un métier si extraordinaire qui m’a permis de vivre ma vie. »

Cela fait écho à la chance qu’il lui a été donnée il y a déjà 16 ans. C’est à croire que la couture a permis à Élodie de retoucher sa vie, pour le meilleur et sans le pire.